mardi 22 mars 2011

Histoires d'O

Le lundi de la 7ème semaine... au Grand O tu penseras
Juste la moitié, charnière de ces 12 ultimes semaines de cours, ce lundi a la douceur d'une petite glissade qui mène vers la fin. Ca fait penser au toboggan, c'est un instant rapide d'insouciance qui se termine les pieds sur terre (parfois direct sur les fesses, mais bon).

Ravie, pressée, angoissée.

Signes annonciateurs, la date du gala et les sujets du Grand O sont tombés. Comprenez "grand oral", et comme tout oral, ça se prononce même pas facilement ("grant'oral") et ça fait peur.

Mythologies
Sciences Po a ses rites et ses institutions. Le gala en est une, le Grand O' en est une autre, l'un est payant et volontaire, l'autre est gratuit mais obligatoire. Ca change. En tout cas, ils fondent l'image de cette vieille école républicaine. Un peu comme les mythologies contemporaines de ce cher Roland Barthes et sa Déesse, mythologie de la société française bourgeoise :
"Je crois que l'automobile est aujourd'hui l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques: je veux dire une grande création d'époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique".
Le gala, séance de rattrapage anticipée...
Pas tout à fait adepte de Gala et autres mondanités, le bal de promo me laisse perplexe. Mais tout bien considéré, puisque l'épreuve qui le suit n'est qu'incertitude, il est un peu une séance de rattrapage anticipée... pour enfin réussir à attraper un futur énarque sur la ligne d'arrivée. Parce qu'à défaut de savoir ce que me réserve mon avenir proche, ceci aurait le mérite d'investir dans la jeunesse et un salaire de haut fonctionnaire.

... pour palier les surprises du Grand O
Le Grand O est une épreuve impitoyable. L'ultime oral de fin d'année. Le réussir est difficile, le rater est un péril. Alors, que faire...? Investir dans le gala ou préparer cette épreuve? Quel dilemme!

Sciences Po n'a rien de glamour et plombe les meilleurs. L'impasse assurée. Mais, "regardez plutôt" ("et non Plutôt, le chien de Mickey". Ok, il est tard...) et donnez moi votre avis.

vendredi 18 février 2011

Faillir oublier d’avoir peur

(il faut bien expliquer que « Bouh ! » a disparu)



Je n’ai pas peur *
Tout droit sorti de la bibliothèque de l’appartement, ma colocataire hollandaise me tend ce livre d’un auteur italien traduit en français. «C’est touchant », me dit-elle. Un instant qui cristallise un condensé de circonstances.
"- J'ai peur


Alors je réalise : c’est fou d’avoir ignoré le rôle que la peur joue dans notre vie.
Autour de moi, la peur devient un leitmotiv. A croire que c'est une mode. L'orthophoniste de George VI aurait dit du roi : "He's afraid of his shadow!"**. Prenez Markus, aussi : il préfère ruminer un passé sinistre mais rassurant, puisqu’il le connait par cœur, par crainte de céder à un bonheur qu’il pourrait perdre***. Songez à la peur qu’inspirait l’intitulé initial de ce blog, «Bouh Paris ! ». Disparu…!
Qu’il est doux aujourd'hui de repenser à ma rentrée d’automne 2009, où je constatais jadis que...

« - Vous avez peur de quoi ?


... la vie m’ayant donné un plus grand nombre d’occasions de me surprendre qu’à mes si petits camarades, je ruminais un certain désavantage à être plus «expérimentée». Prudente, j’avais l’impression de savoir ce que le pire pouvait réserver et j’enviais souvent ces jeunes dont la témérité me subjuguait au point de la nommer : « la fougue de la jeunesse».
- Et bien, d’à peu près tout en fait »****

Sortie d’un confort quotidien, chaque matin nourrissait ma peur. Si aucun jour ne se ressemble, tous réservent un monticule d’épreuves***** … une mise en danger permanente, la jungle de la vie étudiante dont j’avais été préservée. 

Retourner à Sciences Po, c’est penser ne plus avoir peur : nous sommes rompus à ces situations. Mais ce fut sans compter sur l’esprit facétieux de mes enseignants : désignée volontaire pour deux exposés parmi ceux que j’aurais le plus redoutés dont un tombant le jour où, le spécialiste du sujet, ancien ministre, est l’invité-témoin. Désarroi, indignation, révolte, procrastination… intense.
Et enfin… : PEUR. Peur du ridicule ? Peur de ne pas réussir ? Peur salvatrice !


Peu importe le résultat, ni la chute de cette histoire (« ah mais non ! », vous dites-vous, elle nous a fait lire tout ça pour ça…!) : la présentation de l'exposé fut un défi que je suis satisfaite d'avoir derrière moi.
Je retiens de ces petites histoires une simple gratitude envers la peur : elle a le mérite de montrer le danger qui nous menace pour nous permettre de le surmonter. L’expérience, puisqu’il faut également lui trouver une utilité, prouve souvent que se protéger reste plus inquiétant qu’affronter une bonne peur.


* Je n’ai pas peur, Niccolo Ammaniti

**Film Le Discours du roi, sublime Colin Firth, à voir!

*** Ce Markus n’existe que dans l’esprit de ceux qui partageront ce joli livre qu’est La Délicatesse de David Foenkinos.

**** Ah ah ah, citation recyclable! Mini extrait du film Les Emotifs anonymes, 2011

***** Pour ceux qui suivent les étoiles : Exposé, entretien de stage, présentation de projet face à un jury, entretien pour un job, métro à l’arrêt le matin de la panne de réveil, négociations sempiternelles avec l’administration, rendez-vous avec divers professionnels pour travaux d’étudiants, et parfois, tout ça le même jour. Examens le samedi, fiche technique, dissertations et j'en passe.

 Allez, j'ai pas pu résister, un vieux film culte qui ne fait pas peur !








vendredi 28 janvier 2011

Impressions d'une étape messine

... pour partir du bon pied en ménageant sa monture et rendre à César ce qui lui appartient

Un retour dans sa ville d’origine est une expérience étrange pour qui l’a quittée. Le dramaturge d'origine messine, Bernard-Marie Koltès, s'en est inspiré pour titrer une pièce d'un lapidaire "Retour au désert"*. Nous sommes aujourd’hui loin des préoccupations qui hantaient le personnage de Mathilde Serpenoise. Mais il y a encore si peu de temps, pourtant, peu de Parisiens ou de touristes tous azimuts se seraient risqués à visiter la ville.

Paris et le désert français…

C’est bien parce que Metz joue la carte de la culture pour gommer sa réputation de « belle endormie » que beaucoup sont (re)venus hanter les galeries jusqu’aux bureaux de son célèbre musée. Voilà une activité débordante de quelques 600 000 visiteurs depuis l’ouverture (on me souffle à l'oreillette un « 600 001, 600 003, mais on se bagarre à l'entrée pour être le 600 006, enfin à peu près »).

Je rappelle cependant que ce foisonnement reste diurne et semble n’avoir aucune conséquence sur la vie nocturne de la cité. Alors je vous le dis : le CPM, c’est aussi du spectacle et du vivant, et après, sortez donc ! Mais il est vrai que sans lieu(x) qui ressemble(nt) un tant soit peu à ce Centre, dépourvu de bling-bling, à la fois ouvert, créatif et un tantinet osé, nous continuerons à ronfler encore un peu…

Pas besoin d’être Einstein pour savoir que le temps est relatif

De fait, qui l'eût cru, quitter mon bout de Paris, si difficilement apprivoisé, fut douloureux. C’est comme pour tout, on finit par s’attacher à ce qu’on parvient à dompter pour ensuite redouter de le perdre.

En arrivant à Metz, le temps s’était pétrifié. Contre nature, tel un mobile de Calder rendu statique pour les biens d'une exposition, suspendu qu’il était, ce con. Et y penser avait le même effet que scruter l'Homme qui marche : ça ne le fait pas avancer**.
Quand le temps s’est décidé à passer, il s’est subitement matérialisé : du froid, de la neige, encore et encore, puis de la pluie, donc du verglas, des inondations, et ce fut Noël. Alors, tout s’est accéléré.

T’as pas dit « Bonjour ! »

Juste assez pour voir défiler l’histoire des chefs d’œuvre en Grande Nef et en apprivoiser quelques autres sur 3 galeries. Tout cela sans jamais réussir à lire tout ce qui est écrit sur le Magasin de Ben, pour constater que Vasarely ça fait aussi mal aux yeux en original que dans un livre, pour se demander pourquoi on regarde des chaises par leurs dessous alors qu'on s'asseoit dessus ("ce n'est pas rendre hommage au design", polémiquait un visiteur) et découvrir que Bellmer a créé une poupée qui fait peur mais dit pas vraiment "non"**.

Suffisamment pour voir la toile du toit céder sous la neige et se faire prendre dans tous les sens pour se faire réparer, pour fréquenter quelques conférences et spectacles, et pour goûter toutes les parts de galettes sans jamais avoir la fève.
Ou peut-être trop long pour mes collègues qui m'ont vue découvrir les joies de l'open space : ils ont fini  par dire "bonjour" à chacun de leur passage, par rire (ou presque) de (presque) chacune de mes blagues pour que j’évite de les répéter, par ne plus me répondre quand je parlais seule et par me raconter leurs vies par lassitude d’écouter la mienne dès lors que retentissait un "naguère...".

Merci d’avoir accéléré le temps... spéciale dédicace

Devenu trop court, forcément, quand on quitte un endroit et des personnes devenues familières et appréciées. La péagère concierge du bureau ne dit pas "BONJOUR" mais bien au-revoir, et glisse un petit lien vers d'autres vidéos pour renouveler le genre. Des caméras planquées, il y en a plein, mais curieusement, aucune dans un musée. A bon entendeur...

http://francois.lembrouille.free.fr/index.php/cameras-planquees/

* Retour au désert, publié en 1988, évoque le retour de Mathilde Serpenoise dans une ville de l'Est de la France après 15 ans passés en Algérie.

** Toutes ces allusions à des oeuvres exposées à Metz n'étant pas fortuites, je renvoie ceux qui n'y ont pas mis les pieds (honte sur eux) à visiter l'expo "Chefs-d'oeuvre" du CPM, à acheter son catalogue, ainsi que tous les produits dérivés, à  emmener tous leurs amis aux spectacles, à demander à leurs patrons de mécéner les projets de leurs choix, de faire un don, une offrande, un sacrifice, afin de faire prospérer si ce n'est la culture, au moins les gens qui y travaillent.