vendredi 18 février 2011

Faillir oublier d’avoir peur

(il faut bien expliquer que « Bouh ! » a disparu)



Je n’ai pas peur *
Tout droit sorti de la bibliothèque de l’appartement, ma colocataire hollandaise me tend ce livre d’un auteur italien traduit en français. «C’est touchant », me dit-elle. Un instant qui cristallise un condensé de circonstances.
"- J'ai peur


Alors je réalise : c’est fou d’avoir ignoré le rôle que la peur joue dans notre vie.
Autour de moi, la peur devient un leitmotiv. A croire que c'est une mode. L'orthophoniste de George VI aurait dit du roi : "He's afraid of his shadow!"**. Prenez Markus, aussi : il préfère ruminer un passé sinistre mais rassurant, puisqu’il le connait par cœur, par crainte de céder à un bonheur qu’il pourrait perdre***. Songez à la peur qu’inspirait l’intitulé initial de ce blog, «Bouh Paris ! ». Disparu…!
Qu’il est doux aujourd'hui de repenser à ma rentrée d’automne 2009, où je constatais jadis que...

« - Vous avez peur de quoi ?


... la vie m’ayant donné un plus grand nombre d’occasions de me surprendre qu’à mes si petits camarades, je ruminais un certain désavantage à être plus «expérimentée». Prudente, j’avais l’impression de savoir ce que le pire pouvait réserver et j’enviais souvent ces jeunes dont la témérité me subjuguait au point de la nommer : « la fougue de la jeunesse».
- Et bien, d’à peu près tout en fait »****

Sortie d’un confort quotidien, chaque matin nourrissait ma peur. Si aucun jour ne se ressemble, tous réservent un monticule d’épreuves***** … une mise en danger permanente, la jungle de la vie étudiante dont j’avais été préservée. 

Retourner à Sciences Po, c’est penser ne plus avoir peur : nous sommes rompus à ces situations. Mais ce fut sans compter sur l’esprit facétieux de mes enseignants : désignée volontaire pour deux exposés parmi ceux que j’aurais le plus redoutés dont un tombant le jour où, le spécialiste du sujet, ancien ministre, est l’invité-témoin. Désarroi, indignation, révolte, procrastination… intense.
Et enfin… : PEUR. Peur du ridicule ? Peur de ne pas réussir ? Peur salvatrice !


Peu importe le résultat, ni la chute de cette histoire (« ah mais non ! », vous dites-vous, elle nous a fait lire tout ça pour ça…!) : la présentation de l'exposé fut un défi que je suis satisfaite d'avoir derrière moi.
Je retiens de ces petites histoires une simple gratitude envers la peur : elle a le mérite de montrer le danger qui nous menace pour nous permettre de le surmonter. L’expérience, puisqu’il faut également lui trouver une utilité, prouve souvent que se protéger reste plus inquiétant qu’affronter une bonne peur.


* Je n’ai pas peur, Niccolo Ammaniti

**Film Le Discours du roi, sublime Colin Firth, à voir!

*** Ce Markus n’existe que dans l’esprit de ceux qui partageront ce joli livre qu’est La Délicatesse de David Foenkinos.

**** Ah ah ah, citation recyclable! Mini extrait du film Les Emotifs anonymes, 2011

***** Pour ceux qui suivent les étoiles : Exposé, entretien de stage, présentation de projet face à un jury, entretien pour un job, métro à l’arrêt le matin de la panne de réveil, négociations sempiternelles avec l’administration, rendez-vous avec divers professionnels pour travaux d’étudiants, et parfois, tout ça le même jour. Examens le samedi, fiche technique, dissertations et j'en passe.

 Allez, j'ai pas pu résister, un vieux film culte qui ne fait pas peur !








10 commentaires:

  1. Même pas peur... de dire que j'ai rien compris!
    "Bouh" ou "bout", ouf Paris reste!
    JC

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  2. BOUH...
    Ce sont bien évidement et très simplement des hués, que je t’adresse et qui comme une houle venue de Bretagne traversent avant tout la pluie de tes apitoiements avant de sécher sur des galets de honte que tu sèmes par l’oublie d’un détail certain. Et il n’est pas sans incidence … face à la peur. Ta peur ! Celle que tu décris.
    Il ne saurait être reconnue aucune peur qui ne sache résister au courage. Celui-ci se mesure à sa propre prise de risque et sa propre confiance en soi. Démesurément et te concernant – j’en ai été l’heureux témoin ce jour là. Encore merci. Il est à reconnaître que ton alcoolisme – on ne saurait dire naissant lorsque l’on te connaît un peu – t’a permis de non seulement te confronter au stresse avec ce courage indescriptible que tu décris au détriment de toute modestie romanesque.
    Ainsi vive la bibine espagnole et ses effets face aux anciens ministres séduits par l’ivresse de tes yeux, le vertige dans lequel nous plonge ton humour (ça dépend des personnes – et personnellement je vote contre) ou une ébriété de fait – on ne s’invite pas à sciences po sans un petit verre… même juste un doigt. ;-)
    A très vite, je l’espère.

    PS : J’ai peur… peur de tout ! Evidement !

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  3. Merci JC pour ce commentaire judicieux, quel poète! Et tu voudrais me faire croire que toi pas comprendre mon esprit tordu?

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  4. Plus simple de comprendre la vidéo que le commentaire de JC :-)
    Tibet

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  5. @Tibet : eh eh... bah oui, elle était sympa la vidéo, hein?! Note que le commentaire n°2 n'est pas de JC mais mon commentaire à moi ayant été posté entre temps,c'est le bordel!

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  6. @Âaanonyme (ah, un instant on aurait cru JJA): Cher Anonyme (vite démasqué, j'ai encore une bonne mémoire pour me souvenir avec qui je partage la cerveza). Merci pour ce message dont j'apprécie la grandiloquence! Souhaites-tu me démasquer devant la foule de lecteurs qui s'empresse de lire ce blog?? Insinuer que je ne dois mon courage qu'à mon verre de bière (bu trop hâtivement)... bon. Mais ne pas aimer mon humour! Je me permettrais de revenir sur quelques points encore un peu flous...et j'aurais bien envie de dire, en reprenant un artiste fort doué, "Vous n'êtes pas prêts pour mon humour".
    à quand tu veux, of course!

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  7. Je reconnais volontiers que le monde entier n'est pas encore prêt pour ton humour ;)
    Quant à ton courage alcoolisé, je ne peux que me reprocher de l'avoir financé. Je n'y vois pas là, ni déontologiquement, ni d'un point de vue éthique ou moral, une quelconque ébauche de reproche et encore moins de jugement. Qui serais-je pour cela? :-)
    Ton lecteur, fan et admirateur anonyme ;)

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  8. "Anonyme" ! Je sais qui tu es !
    Muchas gracias pour cette petite dédicace fort appréciable. Et surtout vive la Bretagne, ses "pluies d'apitoiements" (?), ses "galets de honte" (??)...je ne dois pas tout connaître de la Bretagne finalement ihih.
    Moi aussi j'apprécie le "vertige de ton humour" Nadège.
    Et que dire du vertige de l'amour, comme dirait l'autre ! ;)
    PS : tout comme vous, j'ai également peur... peur de TOUT !

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  9. En gros : tu sais faire de ta peur un moteur!!
    Well done girl :-)

    (celle du café matinal qu'il faudrait refaire mais quand???)

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  10. @Yéti : ah, la Bretagne emporte les élans lyriques, il est temps de venir la voir, elle semble bien inspiratrice. Peu importe la pluie et le froid, "coeur transi reste chaud" comme dirait l'autre. Mais transi de quoi, hein? Je m'en vais me transir d'un exposé et d'un examen :p
    @A. : le café matinal réveille bien, cher A., j'espère qu'il t'a inspirée pour la suite de la journée. Le prochain, dès que possible, pour vaincre le dieu de l'économie :)

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