vendredi 28 janvier 2011

Impressions d'une étape messine

... pour partir du bon pied en ménageant sa monture et rendre à César ce qui lui appartient

Un retour dans sa ville d’origine est une expérience étrange pour qui l’a quittée. Le dramaturge d'origine messine, Bernard-Marie Koltès, s'en est inspiré pour titrer une pièce d'un lapidaire "Retour au désert"*. Nous sommes aujourd’hui loin des préoccupations qui hantaient le personnage de Mathilde Serpenoise. Mais il y a encore si peu de temps, pourtant, peu de Parisiens ou de touristes tous azimuts se seraient risqués à visiter la ville.

Paris et le désert français…

C’est bien parce que Metz joue la carte de la culture pour gommer sa réputation de « belle endormie » que beaucoup sont (re)venus hanter les galeries jusqu’aux bureaux de son célèbre musée. Voilà une activité débordante de quelques 600 000 visiteurs depuis l’ouverture (on me souffle à l'oreillette un « 600 001, 600 003, mais on se bagarre à l'entrée pour être le 600 006, enfin à peu près »).

Je rappelle cependant que ce foisonnement reste diurne et semble n’avoir aucune conséquence sur la vie nocturne de la cité. Alors je vous le dis : le CPM, c’est aussi du spectacle et du vivant, et après, sortez donc ! Mais il est vrai que sans lieu(x) qui ressemble(nt) un tant soit peu à ce Centre, dépourvu de bling-bling, à la fois ouvert, créatif et un tantinet osé, nous continuerons à ronfler encore un peu…

Pas besoin d’être Einstein pour savoir que le temps est relatif

De fait, qui l'eût cru, quitter mon bout de Paris, si difficilement apprivoisé, fut douloureux. C’est comme pour tout, on finit par s’attacher à ce qu’on parvient à dompter pour ensuite redouter de le perdre.

En arrivant à Metz, le temps s’était pétrifié. Contre nature, tel un mobile de Calder rendu statique pour les biens d'une exposition, suspendu qu’il était, ce con. Et y penser avait le même effet que scruter l'Homme qui marche : ça ne le fait pas avancer**.
Quand le temps s’est décidé à passer, il s’est subitement matérialisé : du froid, de la neige, encore et encore, puis de la pluie, donc du verglas, des inondations, et ce fut Noël. Alors, tout s’est accéléré.

T’as pas dit « Bonjour ! »

Juste assez pour voir défiler l’histoire des chefs d’œuvre en Grande Nef et en apprivoiser quelques autres sur 3 galeries. Tout cela sans jamais réussir à lire tout ce qui est écrit sur le Magasin de Ben, pour constater que Vasarely ça fait aussi mal aux yeux en original que dans un livre, pour se demander pourquoi on regarde des chaises par leurs dessous alors qu'on s'asseoit dessus ("ce n'est pas rendre hommage au design", polémiquait un visiteur) et découvrir que Bellmer a créé une poupée qui fait peur mais dit pas vraiment "non"**.

Suffisamment pour voir la toile du toit céder sous la neige et se faire prendre dans tous les sens pour se faire réparer, pour fréquenter quelques conférences et spectacles, et pour goûter toutes les parts de galettes sans jamais avoir la fève.
Ou peut-être trop long pour mes collègues qui m'ont vue découvrir les joies de l'open space : ils ont fini  par dire "bonjour" à chacun de leur passage, par rire (ou presque) de (presque) chacune de mes blagues pour que j’évite de les répéter, par ne plus me répondre quand je parlais seule et par me raconter leurs vies par lassitude d’écouter la mienne dès lors que retentissait un "naguère...".

Merci d’avoir accéléré le temps... spéciale dédicace

Devenu trop court, forcément, quand on quitte un endroit et des personnes devenues familières et appréciées. La péagère concierge du bureau ne dit pas "BONJOUR" mais bien au-revoir, et glisse un petit lien vers d'autres vidéos pour renouveler le genre. Des caméras planquées, il y en a plein, mais curieusement, aucune dans un musée. A bon entendeur...

http://francois.lembrouille.free.fr/index.php/cameras-planquees/

* Retour au désert, publié en 1988, évoque le retour de Mathilde Serpenoise dans une ville de l'Est de la France après 15 ans passés en Algérie.

** Toutes ces allusions à des oeuvres exposées à Metz n'étant pas fortuites, je renvoie ceux qui n'y ont pas mis les pieds (honte sur eux) à visiter l'expo "Chefs-d'oeuvre" du CPM, à acheter son catalogue, ainsi que tous les produits dérivés, à  emmener tous leurs amis aux spectacles, à demander à leurs patrons de mécéner les projets de leurs choix, de faire un don, une offrande, un sacrifice, afin de faire prospérer si ce n'est la culture, au moins les gens qui y travaillent.



7 commentaires:

  1. Moi je te dis "Bonjour"!
    Heureuse de te relire et bon retour à ta vie parisienne!

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  2. "bonjour"
    La culture est de retour, bravo!.
    "Pompidou", est la gloriole du Metz d'aujourd'hui (dont je fus sans doute le 30ème visiteur, puis le 300000ème, puis le 500000ème) mais n'oublions pas que Metz fut largement intégrée à l'histoire de France et possède une richesse que beaucoup d'autres villes peuvent nous envier...
    Allez va! Retourne à tes études parisiennes et reviens nous avec un beau diplôme... mais n'oublie pas tes origines!
    le père

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  3. Bon"soir" ma cousine... heureuse de retrouver les tribulations d'une messine à Paris !!Nous serons de tes lecteurs !!

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  4. BONJOUR Nadèch' !! Que l'on soit bien d'accord, rire à toutes tes blagues n'est pas bien difficile (que l'on soit "bon public" ou non !).. En tout cas, plus tard, tu pourras dire "jadis", "naguère", "autrefois", "en fait", je fûs de ceux qui laissèrent leur petite patte au CPM ! Et, crois-moi, les feuilles de salle (nostalgiques) se souviendront encore de toi (et pas qu'elles d'ailleurs !).
    Bienvenido a Pariss' mi amiga !!

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  5. @LN : ach, je constate à la rapidité de ton commentaire que toi, tu es inscrite au flux... :))
    @JC : bravo pour tes lumières, tu restes aware, tu mérites tes 2 exemplaires.
    @Isa : BonSOIR et merci! Paris dans la poche, je suis prête pour la prochaine tribulation à Créhange!
    @Yéti : merci mi amiga, bientôt, nous serons 2 touristes de passage au CPM et comme nous demanderons une visite gratuite en billeterie et traiterons ceux qui ne nous reconnaîtrons plus de bons à rien, nous ferons appeler lé pôle piblic pour savoir où se trouve le pipitre.

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  6. BONJOUR !
    et bonnes retrouvailles avec Paris... j'espère quand même qu'on te manquera un max.

    ...et tâche de en pas effacer tous les commentaires ! d'ailleurs t'es pas au boulot ?

    bisous

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  7. Sev, merci! les retrouvailles sont tellement bonnses avec Sciences Po, tu vois, que je rentre à peine de cours :))

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